Antonov Air Line

Publié le par L'Eunuque

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Le van approchait de la base militaire des banlieues de Sanaa. En identifiant les plaques diplomatiques du véhicule, la première barrière se leva et deux cent mètres plus loin, une autre barrière avec deux gardes lourdement armés. Bachir ralentit et, en voyant le conducteur, un des deux gardes officier, sourit.

— Bachir, mon cousin, ce sont eux les Français ?

— On a aussi un Russe dans le coffre.

— Tu laisses les passeports ici, je te les rapporte dans l’avion avant le décollage.

— Comme convenu, dit simplement Bachir en lui donnant la pile de passeports.

— Comme convenu. A tout à l’heure.

Le van continua sa route vers les hangars, derrière lesquels se trouvait l’Antonov.

— Il devient de plus en plus cher ton cousin, fit remarquer Berth.

— Il a une grande famille, puis ce n’est pas un cousin.

Le véhicule se gara au pied de l’appareil. Blue Star était impatient de sortir pour voir l’avion cargo.

— Maïsoffski, dit-il, (ou quelque chose y ressemblant), mais lui avion tout neuf. Je très fier de voler dans avion tout neuf.

Berth n’eut pas besoin de lui demander de s’activer car on le vit se précipiter dans la carlingue et rapidement on l’entendit rire et chanter dans la cabine en faisant des grands coucous au dehors, par le hublot, comme un gosse sur un manège de fête foraine.

— J’ai peut-être un peu forcé sur les médocs, s’inquiéta Natacha.

Elle avançait vers l’arrière du cargo, lorsque quelque la percuta violement. Berth compris que c’était une balle que venait de recevoir la jeune femme. Elle était allongée sur le tarmac et ne bougeait plus. Berth essaya de voir d’où venait le tir, mais impossible. Qui plus est, celui qui avait tiré, avait une arme silencieuse.

— Natacha, ça va ? demanda de son endroit L’Eunuque.

— C’est rien, juste une éraflure. Mais, si je bouge, l’autre enfoiré me plombe.

Le téléphone de Berth sonna. Il répondit en faisant signe aux autres, qui avaient compris la situation, de ne pas s’approcher.

— Oui ? demanda t-il simplement.

— Berth, c’est ton ami Youssef. Tu me remets, espèce d’enfoiré ?

— Non, je ne vois pas qui cela peut être.

Une autre balle ne passa pas très loin de Natacha qui ne frémit pas.

— Ok, c’est bon Youssef. Si c’était une simple vengeance, tu nous aurais déjà tous tué, alors qu’est-ce que tu veux ?

— Ce que je veux, en dehors de vous tuer tous, je veux partir avec vous, mais dans la direction de mon choix.

— Et tu comptes faire comment pour me convaincre ?

— Sous le ventre de l’avion, tu verras un truc qui clignote. C’est jamais bon un truc qui clignote surtout quand c’est pas toi qui possède le détonateur à distance. Donc, soit je pars, ou tout le monde reste. Et décollage immédiat.

Natacha chercha à influencer la décision de Berth en lui montrant un doigt d’honneur.

— Ok, grouilles-toi, dit-il enfin à Youssef.

Natacha se releva.

— Mais, pourquoi tu as fait ça ? On l’emmerde cet enfoiré.

Pour toute réponse, Berth lui fit signe de regarder derrière elle. Au loin, au niveau de la première barrière de contrôle de l’aérogare, des voitures avec des gyrophares en grandes activités avec du monde en grande activités aussi.

— J’ai l’impression que l’ambassadeur à trouvé un traducteur plus rapidement que je ne le pensais.

Youssef arrivait en courant, ayant lui aussi vu l’activité et le bazar qui se préparait.

— Bachir, cria Le Chacal, dit au Russe qu’on y va. Et fissa !

Tout le monde entra en trombe dans l’Antonov. Les réacteurs, déjà chauds, s’activèrent dans un boucan d’enfer et pendant que le pont arrière se refermait, l’appareil bougea.

Le pilote compris que la situation était chaude alors, il demanda :

— Pourquoi eux faire chier ? Papiers en règle, tout ça, non ?

— Oui, sauf que cet avion, on l’a piqué, expliqua rapidement Bachir.

L’Ukrainien partit dans un éclat de rire.

— Ah bon. Vous voyou, aussi ? Mais, plus passeport, maintenant.

— De toute façon, ils étaient faux.

— Le mien, pas faux.

Et le pilote de rire de plus belle.

Tout le monde s’attacha derrière, aux sièges libres de la cabine. Youssef posa son arme, mais montra à tout le monde son boîtier clignotant, sans plus de discours.

Au dehors, les voitures avec les sirènes hurlantes suivaient l’avion se dirigeant vers la piste d’envol qui semblait être à une dizaine de kilomètres.

— Ils sont trop cons, s’ils pensent pouvoir nous arrêter avec leurs bagnoles, se moqua Le Chacal.

L’Eunuque regarda plus en avant, au niveau de la piste de décollage.

— Les enfoirés, regarde ce qu’ils ont foutu en bout de piste.

Un blindé venait de se mettre en position.

Le pilote haussa les épaules.

—Antonov pas besoin beaucoup de piste pour décoller. Je peux faire ça là !

Bachir protesta :

— Moi, ça me paraît court.

— Toi déjà faire décoller Antonov ?

— Non, bien-sûr…

— Alors toi fermer gueule.

Et il poussa les réacteurs, la carlingue trembla. Berth bénie du regard Natacha pour avoir insisté au sujet du corset. Elle se faisait un pansement d’une seule main.

Blue Star se mit à parler Russe ou Ukrainien, insultant les instruments, les manettes, ces ancêtres peut-être ? Berth remarqua que les militaires avaient compris la manœuvre à venir car le blindé avait repris la route et changé de direction.

— Faut y aller, criait Blue Star, faut y aller jolie fille, lever jupe et montrer CULOTTE.

La dernière accélération cloua tout le monde au siège. Le semblant de piste se réduisait de plus en plus. Un premier tir du blindé passa au dessus de l’avion et le pilote, avec un rire proche de hystérie, cria :

— Maintenant, assez bien…

Il réussi à soulever l’appareil tout en chantant de plus en plus fort une chanson paillarde du pays. Ces deux bras tiraient sur deux volants à la fois. Il était rouge, écarlate, les veines de son front étaient prêtes à exploser. Un autre tir secoua l’appareil. Celui-ci trembla sans inquiéter le commandant de bord. A cause d’un ultime effort, Blue Star évacua de son sphincter dix bombonnes de gaz qui, très vite, firent de la cabine un endroit irrespirable. L’avion s’éleva plus encore dans les airs.

Deux trois boutons d’alerte se manifestèrent mais l’Ukrainien rassura son monde.

— Pas grave. Ils ont touché une roue, mais… pas grave.

On put entendre les trains d’atterrissage se rentrer dans un bruit plutôt suspect.

— Bien, dit-il au bout de 10 minutes. Pilote automatique et dormir.

La tête bascula en arrière, les yeux encore ouverts il s’endormit instantanément.

— Et voilà, ajouta Berth, ça c’est plutôt bien passé.

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J
<br /> wahou! que de l'action! j'ai pas pu décrocher mes yeux avant la fin ::)<br /> <br /> <br />
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L
<br /> <br /> Et ce n'est pas encore fini<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> On se croirait dans un film, pas besoin d'images : les mots suffisent ...<br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> Un film sans images… alors, ce doit être un roman.<br /> <br /> <br /> <br />