Deux guignols à Djibouti

Publié le par L'Eunuque

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La deuxième heure, sur le tarmac de cette base française à Djibouti était entamée et Blues Star dut couper l’électricité et donc la climatisation.

— Mais qu’est-ce qu’il fait lui ? protesta Le Chacal.

— On va avoir besoin de jus pour redécoller, expliqua Natacha.

— Vilain Chacal moins intelligent que belle dame, dit Blues Star en enfournant sa cinquième ration de survie.

— On va crever de chaleur, insista Le vilain Chacal. Puis ça pue cette histoire d’attente. On est censé être prioritaire. Woodford nous a niqué.

Blues Star n’énerva de l’impatience du Vilain.

— Antonov, besoin de beaucoup camions, camions pour fuel, postillonna t-il, alors, attendre encore pour faire boire Antonov. Pas petit avion pédé.

Berth ne disait rien lui. Si Woodford avait parlé, ils seraient déjà encerclés.

— Antonov deux-cinq-zéro, AD-point-quatre, demanda une voix à la radio de l’appareil.

Blues star tendit le micro au Chacal car lui avait la bouche pleine.

— Ouais, Antonov machin truc qu’est-ce qu’il y a ?

Un silence dut à l’aspect peu protocolaire de la réponse.

— Un émissaire de l’ambassade de France désir vous rencontrer, dit la voix. Il vient vers vous.

— Négatif, négatif, hurla Le Chacal. On n’a pas que ça à foutre, on veut notre carburant et se casser. Alors magnez-vous le cul. Vous mettez en péril notre mission…

Berth attrapa à son tour le micro :

— C’est bon qu’il vienne, mais activez avec le carburant.

— Il arrive, Monsieur.

Blue Star montra quelque chose qui venait sur la piste.

— Camion fuel. Deux.

Une camionnette de l’armée les accompagnait.

— Blue Star et Bachir occupez-vous du fuel avec nos amis français. Chacal et Natacha, bâillonné Youssef et planquez-le dans la réserve. Vous restez avec lui. Mais avant, ma beauté, si tu pouvais me mettre une écharpe pour mettre mon bras.

— Tu as mal.

— Pas trop, mais avec la barbe de deux jours, je ferai plus baroudeur.

— On devient coquette.

Berth et les deux techniciens descendirent d’une des passerelles latérales de l’avion, juste à temps pour accueillir le convoi. Le tarmac renvoyait une chaleur cuisante qui remontait le long du pantalon. Les deux camions continuèrent un peu plus loin là où Blue Star leur indiquait. Deux types habillés costumes foncés et lunettes noires descendirent du troisième véhicule, regardèrent l’avion avec circonspection mais admiration aussi. Leurs moues étaient trop exagérées pour qu’elles soient spontanées. Ils se donnaient un genre décontracté qu’ils n’avaient pas.

« Ça va, ce sont deux guignols, se rassura L’Eunuque ».

L’un des deux, désigné comme supérieur, avança vers lui et lui tendit la main, il se ravisa en voyant le bras droit abimé. Cela cassa son élan.

— Je suis Jean Lemeunier et voici et Monsieur Phil Drusse. Nous sommes du service des douanes rattachés à l’Ambassade de France à Djibouti.

— Vous faites bien de le préciser, je me demandais où nous étions, justement.

Lemeunier se racla la gorge.

— Vous ne vous présentez pas ?

— Non.

Il eut un sourire gêné en se tournant vers son collègue.

— Soit. Nous sommes en charge de contrôler les personnes et le chargement que vous transportez.

— Non. C’est un avion diplomatique. On peut vous y inviter, mais vous n’avez aucun droit. Et vous n’êtes pas les biens venus dans celui-ci.

— Bien. Alors, présentez nous vos passeports…

— Nous sommes en mission. Nos passeports ne vous apprendraient rien puisqu’ils sont faux et couverts par la DGSE.

— Nous avons aucune information sur cette mission et…

— Et vous commencez à m’emmerder.

Le meunier retira ses lunettes noires pour que son agresseur se rende compte de son indignation.

— Pardon ?!

— J’ai été patient, mais comme vous pouvez le voir je suis blessé, donc moins enclin à écouter vos conneries. Nous avons encore une longue route à faire et deux merdeux de l’ambassade, qui se font chier à leurs postes, veulent se distraire sur notre dos en jouant à plus important qu’ils ne le sont. Vous voulez savoir où on va ? Et bien, venez avec nous. Vous voulez savoir ce qu’il y a dans notre soute, faites un pas vers celle-ci, je vous tire une balle dans la tête à chacun et on me donnera une distinction pour ce fait de guerre.

— Et bien. Une balle dans la tête ? Avec votre bras ? voulu plaisanter le douanier.

— Je suis gaucher.

L’autre prit la relève.

— Nous avons nous aussi nos directives, Monsieur. Nous devons nous assurer que par Djibouti les trafics divers, armes, drogues, ne passent pas.

— Si c’était notre cas, attendu que nous sommes couvert par l’état français et américain, vous remplacez le mot « trafic » par « mission » et tout redevient légal. Alors, maintenant, vous laissez mes gars remplir de carburant cet avion, vous pliez vos gaules et vous allez faire un joli rapport car je ne doute pas que dans ce domaine vous ne soyez des experts.

Lemeunier avait les narines dilatées comme s’il cherchait de l’air. Son bronzage de cabine à UV ne put camoufler sa pâleur dut à son énervement.

— On va… on va vous laisser alors.

— Oui, c’est bien ce que je pense aussi. Au revoir, Messieurs.

Berth leur tourna le dos. Il entendit les portes du véhicule se claquer et la voiture crisser des pneus sur le bitume. Arrivé à la hauteur des camions, Blues Star le félicita :

— Toi, un chef. Moi pas tout comprendre ce que toi dire, mais chef, toi.

— En tous cas, grouillez-vous. Je ne sais pas combien de temps mon bluff va tenir. J’ai un peu peur que l’histoire de la coalition franco-américaine ne marche pas longtemps.

 

 

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Commenter cet article
S
<br /> Une coalition franco-américaine, ça ne peut marcher qu'en Afghanistan !<br /> <br /> <br />
Répondre
N
<br /> C'est tout un art le bluff, je saurais pas faire^^<br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> C'est un art qu'il faut pratiquer durant des années pour exceller. Et encore, ça ne marche pas toujours.<br /> <br /> <br /> <br />