Les caisses mystérieuses…

Publié le par L'Eunuque

Niger-N-3---46.jpg

— Nouvelles coordonnées pas bonnes chef, signala Blue Star à Berth. Ici, désert. Pas ville.

— Oui. Désert. Pas ville, mais bonnes coordonnées, confirma Berth.

Les deux hommes se trouvaient dans la soute arrière. Le pilotage automatique était enclenché et c’était Le Chacal qui croyait diriger encore l’avion.

— Alors, dis-moi, l’avion aller où ?

— Cela se trouve dans l’Aïr, au Niger, sur une ancienne piste militaire utilisé par les Américains pendant la révolte Touaregs. Elle se trouve à Iferouane. C’est en très bon état. Elle est désertée. Normalement. Des gens nous y attendent.

— Des gens, seulement ?

— Des amis en tous cas.

Blues Star se rapprocha de Berth comme s’il allait lui confier un secret.

— Oui. Mais après ? Fuel, tout ça pour repartir ?

— Il y a ce qu’il faut là-bas.

L’Ukrainien se posta à côté d’une des palettes en bois. Il toucha un des flans avec sa main bien à plat et il colla sa joue aussi.

— Tu vois, dans avion fait froid, mais ici, un peu chaud. Alors, quoi ça être dedans ?

— Rien de très illégal.

— Nous faire que choses illégales à Sanaa, à Djibouti. Avion lui illégal, volé. Alors quoi transporté. Armes ? Drogue ? Nucléaire ? Vodka ?

L’Ukrainien avait l’air en colère.

— Vérifie par toi-même, dit Berth en lui lança un trousseau de clefs.

— D’accord.

Blues Star déverrouilla un des cadenas et fit glisser un des couvercles de la cargaison.

— Mais !? Quoi ça être tout ça ?

— Tu le vois. Et rien d’autre que ce que tu vois.

— D’accord, mais ça c’est camouflage. Dessous, c’est quoi ?

— La même chose qu’au dessus.

L’Ukrainien reposa la plaque de protection et referma à clefs.

— Alors, vous malade. Vraiment. Grands malades les autres avec.

— Les autres ne savent pas ce qu’il y a dans ces caisses.

— Ah bon ! Et pourquoi eux venir aussi ?

— Pour l’argent, comme toi.

— L’argent avec ça ?!

— Non, ça, ça ne vaut rien… sauf pour qui c’est destiné, mais je ne le vends pas. Tu veux une autre explication ?

— Oh non, rien dire. Pas savoir, rien. Oui, pas savoir.

Il referma la caisse, lui lança les clefs, puis s’en retourna, encore hébété par ce qu’il venait de voir. Il se parla à lui même en Russe ou Ukrainien, haussant les épaules, puis riant au final. Berth remarqua que Natacha était en haut de l’escalier. Depuis combien de temps ? Depuis le début de la conversation avec Blue Star, très certainement. Elle vint le rejoindre.

— A lui, tu lui montres le contenu des caisses, commença t-elle avec un sourire qui disait en plus des mots : « Je ne polémique pas ».

— C’est le seul sur qui j’ai des doutes. En jouant franc jeu avec lui, je sais qu’il posera l’appareil là où nous devons aller. Mais, si toi aussi tu veux voir ? Aujourd’hui, ça n’a plus d’importance.

— Non, je m’en fous. Je m’en foutais avant de partir, maintenant encore plus. Comme tu l’as dit à cette grosse brute, l’important c’est que je sois payée. Les idéaux des uns et des autres je m’en tape.

Elle eut un regard discret en direction de la manche de la chemise de son ami.

— Ton pansement suinte. Je vais te le changer. Il va falloir aussi que tu prennes quelques médocs pour éviter les infections et… calmer la douleur. La douleur finit par épuiser. Nous avons une grande route à faire dans l’Aïr et les cahots seront un calvaire.

Berth dut reconnaître le bien fondé des remarques de la jeune femme.

— Il reste combien de temps avant d’arriver ?

— Quatre heures, je crois.

— Une petite piquouze alors.

— J’ai des suppos, si tu préfères, dit elle en riant.

— Te marres pas, tu serais obligée de me les mettre.


***

 

— La bestiole la plus conne de toute la création, (attendu que l’on soit créationniste), c’est le serpent, affirma Le Chacal. Franchement, on ne peut pas dire que ça n’a ni queue ni tête parce que, ça n’a qu’une tête accrochée à une queue, mais c’est de la chair en forme de bâton. Dieu ne s’est pas foulé cette fois-ci, attendu qu’on y croit. Je parle bien sûr de connerie esthétique, car sur le plan de la débrouille ils sont dans le coup ces rampants. Ils arrivent à choper des souris, des rats et pour les plus gros, ils arrivent à attraper des gazelles ! Tu te rends compte, des gazelles ?! Les lions vont 1000 fois plus vite que ces merdes et les autres, sans les pattes ils te niquent des gazelles ! Enfin, quant je dis « nique », c’est pas « nique » au sens sexuel, mais… quoique, j’ai appris que s’ils n’ont pas de pattes, ils ont deux bites. J’suis pas sûr que dans l’excitation générale il n’en profite pas pour lui filer un petit coup de bite à la demoiselle ou au monsieur, chacun ses mœurs. Une tête, une queue. Ça ne les empêche pas d’être la saloperie de bestiole la plus dangereuse au monde. Avec l’hippopotame. Mais, la grosse vache du fleuve, tu la vois venir…

— Et surtout, dans le désert, il n’y en a pas, continua Berth qui ne pouvait plus faire semblant de dormir.

— Tiens, tu ne dors pas, tout compte fait ?

— Tu le sais très bien. Alors pourquoi tu me saoules avec tes histoires de serpents à la con ?

— J’ai d’autres conversations aussi intéressantes, mais on ne peut pas dire que tu sois très causant comme voisin de voyage.

— Je ne t’ai pas obligé à venir t’installer à coté de moi. Pourquoi tu ne vas pas saouler Youssef. D’habitude, ce sont les prisonniers qu’on torture en premier.

— Très drôle, dit Youssef.

— Mais, il entend tout lui aussi, s’insurgea Le Chacal.

— Je confirme, confirma le prisonnier.

—On m’a fait une piqure pour que je me relaxe et ça fait deux heures que tu me stresses, dit Berth énervé

— C’est Natacha qui m’a demandée de te surveiller.

— Et elle ne t’a pas dit en silence ?

— Ah, je ne crois pas, non. Mais, je peux aussi fermer ma gueule.

— Cela me semble impossible, douta Berth en se levant.

La tête lui tournait un peu. Il marcha jusqu’au siège du co-pilote. Blue Star avait levé le pilotage automatique pour manœuvrer, de la main droite, une nouvelle position de l’appareil tout en buvant du Whiskey, de la main gauche.

— Où as tu trouvé ça, demanda Berth ?

— Natacha donner ça à moi.

Puis il montra deux comprimés sur la petite tablette à côté de lui.

— Elle dire, prendre ça avec. Mais, pas prendre médicaments. Pas bons pour santé. Moi, écologique, proche de nature et moi alcoolique. Mais pas ma faute. Alcoolique déjà dans ventre de mamouchka.

— Tu sais que tu as un avion à poser ?

— Pourquoi tu crois Ukrainien conduire Antonov ? Parce que eux toujours bourrés. Si pas bourrés, eux pas vouloir conduire Antonov. C’est comme ça. Difficile. Impossible. Poser, ça va. Décoller, plus difficile.

Au dehors, le soleil plongeait sur l’horizon. Une lumière chaude, rougeoyante et puissante envahissait le cockpit.

— Regardes ça ! Beauté du monde. Ici, en haut, le monde est beau. Fragile. Calme. Sans guerre, sans misère, sans Vodka aussi, mais si moi voler toujours, pas besoin alcool. Non, juste voler et voir le monde.

Berth, lui aussi, encaissait la beauté de ce monde, mais pas dans sa globalité. Des ilots, des éclats, un peu partout sur cette planète, entourés de chaos.

Blue Star lui montra un point sur la carte avec un de ses gros doigts sales.

— Piste éclairé, ici ?

— En principe, oui.

— Parce que jour tombé, et avion aussi, si moi rien voir.

— J’espère qu’il n’y aura pas de tempête de sable, sinon les feux risquent de s’éteindre. C’est pourquoi, ils les allumeront au dernier moment. Tu ne verras la piste qu’au moment de la descente.

— Oui, mais si pas piste sous mon cul et obligé de remonter : pas possible. Antonov pas coucou pour touriste. Toi lui dire atterrir, lui a atterrir, piste ou pas. Alors, je préfère piste. Comprendre ?

Berth lui donna une tape amicale sur l’épaule.

— Blue Star, on ne t’a pas engagé pour tes yeux vitreux ou ton haleine de phoque, mais parce que ton niveau de conscience du danger est quasiment nul. Alors, ne commence pas à chier dans ton froc sinon je vais avoir des regrets.

— Hey, moi demander seulement et expliquer un peu.

Et il attrapa à nouveau la bouteille et en but une grande gorgée. Il proposa la bouteille à Berth qui refusa.

— Il y a des terrains dangereux sur lesquels je ne m’aventure plus. Boire au goulot derrière toi par exemple.

— Toi, enculé, dit en riant l’Ukrainien.

Berth le laissa.

Dans la soute, Natacha et Bachir préparaient ou revérifiaient le camion. Ça sentait les échappements. Ils avaient examiné le moteur du véhicule. En voyant Berth, Bachir l’interpella.

— Ce que dit Natacha n’est pas clair.

Natacha fit signe à Berth que Bachir avait la comprenante un peu lente, voire absente.

— Elle dit qu’on charge quand on arrive les deux palettes ci et les cinq caisses là. Et qu’est-ce qu’on fait du reste ?

— C’est livré avec l’avion.

— C’est ça que je ne comprends pas. On pose l’avion. On charge les deux palettes et les autres merdes. On part en camion livrer tout ça puis on revient et on repars en avion. C’est ça ?

— Non. L’avion fait partie du deal. Je l’ai déjà revendu et des types qui nous attendent là-bas pour en prendre possession. C’est avec cet argent que vous serez payés.

— La vache. Tu veux dire que la vente de l’Antonov sera divisée par 5…

— Par 4, je ne prends rien.

— Tant mieux. Mais, tu nous avais dit qu’on serait payé 125 000 euros. C’est 125 millions d’euros que tu aurais du dire, bava d’excitation le Yéménite.

— Non, parce que j’ai revendu l’avion 500 000 euros.

— 500 000 euros !?? hurla Bachir.

Natacha, qui semblait déjà au courant se mit à rire.

— Mais tu es un fou. Un fou… mais, ça vaut des millions… ce … ce truc. Non, je ne te crois pas.

— Tu penses que je vous fais un enfant dans le dos et que je vais encaisser des millions ?

— A la rigueur, je préférerais ça. Car j’en ai connu des mauvais négociants dans ma vie de petit commerçant Yéménite, mais des comme toi ! C’est… tu es une insulte au commerce. Ceux qui vont prendre possession de l’avion vont se foutre de nous. On va passer pour des guignols.

— Il faudra tout de même se méfier. Ils payent en liquide. Ce ne sont pas des tendres et même si la somme paraît dérisoire, ils ont peut-être décidé de ne pas payer.

— Tu m’étonnes, ils doivent se dire qu’en payant que 500 000 euros, ils nous roulent, alors pourquoi ne pas nous enculer jusqu’au bout en ne payant rien. Je suis… je suis…

— Riche de 125 000 euros, conclu Natacha

Bachir se calma.

— C’est vrai. Mais, ça fait un peu mal au cul.

Natacha lui montra un pot de graisse pour suspensions.

— C’est avant que j’aurai du en mettre, j’aurai eu un peu moins mal, effectivement. 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
<br /> on commence à connaitre un peu mieux les personnages qui ont chacun leur caractere bien trempé et les liens amicaux qui se nouent font plaisir à lire =)<br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> Il faut un caractère trempé pour ce genre d'aventure.<br /> <br /> <br /> <br />