La rampe humaine

Publié le par L'Eunuque

Niger-A77.jpg

 

— Fait noir beaucoup maintenant. Comment eux savoir que nous être dans le ciel ? Pas radio, pas visuel. Pas rien du tout.

La témérité de l’Ukrainien avait atteint ses limites. Berth ne pouvait lui en vouloir.

— Fait un premier passage, ils vont t’entendre. On entend de loin dans cette région.

« D’un peu trop loin, pensa L’Eunuque. Il ne faudra pas trop trainer ».

Blues star programma une première rotation, sur l’ordinateur de bord, amorça un premier palier. Mais, des secousses firent grimacer le pilote.

— Toi dire, pas bon tempête. Et bien, moi dire, tempête en dessous, alors : PAS BON !

Le premier passage fit grincer la carlingue. Mais, de suite après ce passage, une première croix lumineuse s’alluma sur le sol.

— Mets toi dans l’alignement de cette croix, ordonna Berth.

— Oui, mais pas ça suffire pour poser, s’énerva Blue Star.

— La piste va s’allumer au dernier moment. La croix c’est le point d’arrêt, alors estime la distance au mieux.

— Au pire PAS BON, au mieux grosse MERDE !!

— Allume les phares et commence la descente, nom de Dieu, cria Berth.

Blue Star fit descendre les trains d’atterrissage et regarda haineusement son co-pilote tout en manœuvrant, histoire de dire que scruter la piste ne servait à rien. Mais, au moment où l’altimètre indiquait un contact au sol imminent, des trainées des feux, en pointillé s’allumèrent comme par magie. Blue Star lâcha un « waouh » de cowboy texan, descendit d’un autre pallier avec moins de souplesse et toucha le sol cahoteux sans délicatesse. Blue Star n’en croyait pas ses yeux.

— Toi voir, ce que moi voir ?

— Oui, répondit simplement le Français.

Allongés à même le sol, des dizaines d’hommes, équipés de fumigènes, avaient allumé des travées remplies de kérosène. Au passage de l’avion, la puissance du déplacement d’air, avait éteint la plupart des foyers et surtout avait fait valdinguer sur quelques mètres les kamikazes allumeurs. Aucun d’entre eux ne fut blessé.

Blue Star dut pousser à fond les retro réacteurs, car la croix approchait trop vite, ce qui fit chasser légèrement du cul l’Antonov. L’avion passa la croix de quelques dizaines de mettre seulement, mais les occupants de l’appareil sentirent que celui-ci n’était plus sur la piste. Tout s’arrêta enfin. Les légers bruits de l’avion furent couverts par ceux d’un vent puissant, qui frappait les parois et englobait l’Antonov de poussières du désert.

Personne ne parlait encore. Tout le monde vérifiait s’il était bien vivant, sauf Le Chacal qui ronflait.

Blue Star alluma toutes les lumières au dehors. Et du cockpit on put commencer à apercevoir des ombres s’approcher de l’appareil. Tous étaient habillés de djellaba et le visage couvert d’un cheich.

— Ce sont amis ? demanda le pilote, qui cherchait sa bouteille, mais qui fit une moue désolée lorsqu’il vit qu’elle était vide.

— Oui, amis. Bachir, débloque une porte et fait les entrer tous. Qu’ils viennent se protéger du vent.

Blue Star se leva aussi.

— Moi sortir mettre protection sur réacteurs. Et non, pas besoin aide.

Il enfila des grosses lunettes de glacier et s’emmaillota le visage avec vieux tee-shirt crade.

Lorsque la porte latérale s’ouvrit, un nuage de poussière puissant pénétra. Blue Star sortit et un homme emmailloté entra. Berth alla à sa rencontre. Les deux hommes se postèrent l’un en face de l’autre.

— Salam alikoum, mon frère.

— Alikoum Salam, Moussa mon frère.

Il y eut une accolade pudique mais douloureuse pour Berth. D’autres hommes montèrent dans l’avion et sans doute que c’était pour la première fois car ils regardaient partout et en silence.

— Salut Moussa, dit du haut de la passerelle Le Chacal.

— Le Chacal est parmi nous. Tu sais que mon chameau est toujours amoureux de toi.

— Fous toi de ma gueule, c’est ça. Je croyais que la révolte Touaregs t’avait tué.

— Il faut croire que non. Mais, elle en a tués d’autres. Seuls ceux qui restent peuvent pleurer.

Moussa regarda autour de lui.

— Tu as pu avoir ce que je t’ai demandé ?

— Il y a tout, oui.

— Tout ?! Et bien, c’est une bonne nouvelle. Oui, enfin une bonne nouvelle. Tu sais, c’est le bazar dans l’Aïr. La révolte a attiré des bandits de toutes sortes. Des faux intégristes. Des trafiquants cruels, qui tuent tout ceux qu’ils rencontrent. Nous sommes obligés de faire la loi nous même car nous n’existons plus pour le gouvernement. Les femmes ont peur pour nos enfants, cette vie est difficile. Un Touaregs ne plaint jamais, mais raconter la réalité est une plainte à elle seule. Les jardins redonnent des légumes et l’on a retiré le sable des puits. Nous recommençons à vivre, malgré tout.

Une trentaine d’hommes étaient déjà entrés et deux d’entre eux avaient trouvé un coin pour faire du thé avec des braises rapportées du dehors.

Berth et son ami marchèrent vers les caisses.

— Ces deux palettes sont pour Djibril.

— Tu veux aller à Bazan’namas avec ça ?

— Non, le camion restera en bas.

— Mais d’ici, il te faut couper par Timia et ce n’est pas une très bonne idée. Il y des mines un peu partout sur le plateau. Et tu ne peux pas contourner sans rencontrer des Français, des Chinois ou l’armée Nigérienne. Sur le plateau, c’est la non loi qui règne, je t’ai dit. Djibril n’apprécierait pas que tu prennes autant de risque pour lui.

— Djibril ne sait pas que le risque existe, car il n’a jamais vu le monde en dehors de son village. A t-il su seulement qu’il y avait une révolte Touaregs en bas ?

— Peut-être pas.

Quelqu’un vint leur proposer à tous deux un verre de thé amer.

— Les russes que tu attends sont là aussi. Ils se cachent dans leur véhicule à cause de la tempête. Fait attention, ce ne sont pas des gens bien. Ils sont armés. Ce sont des mercenaires. Ils travaillaient pour l’ancien président Tanja. Même s’ils n’ont pas apprécié l’ardoise que lui ont laissé les gens de Niamey, ils ne sont pas pour autant de notre côté. Ils sont du côté de l’argent. Qu’est-ce que tu as à leur vendre ?

— Cet avion.

— Alors, fais attention mon ami.

La porte de côté de l’Antonov s’ouvrit brutalement et un homme fut projeté à l’intérieur sur d’un ours Ukrainien pas très commode.

— Moi trouvé ça, lui espion qui tournait autour avion. Moi crois pédé Russe.

L’homme se releva et voulu sortir une arme coincée sous ses habits, mais un sabre Touareg vint se glisser sous sa gorge.

— Je suis Mikhaïl, dit-il en colère et en français, c’est avec moi que vous devez conclure l’affaire. Je cherchais l’entrée lorsque cet abruti m’est tombé dessus.

Le sabre fut rangé dans son étui après qu’un simple battement de sourcil en eut donné l’ordre.

— Avant qu’il y ait l’échange, je dois inspecter pour voir si tout est conforme.

— N’en faites pas trop, jura Bachir, vu le prix que vous le payez.

— Payer quoi ? s’inquiéta Blue Star.

Comme personne ne répondait, il compris.

— Vous vendre avion à eux. Bien-sûr. Maffia russe pour trafic tout ça. En tous cas, moi je pas conduire pour eux.

Il cracha son mépris et disparu.

— Alors ? demanda le Russe.

— Alors, Bachir va vous faire visiter les lieux, confirma Berth.

Natacha apparut en poussant devant elle Youssef.

— Monsieur veut faire la grosse commission. Je propose qu’il aille faire ça dehors, vu que la tempête se calme. Mais, pas question que je m’en occupe…

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
<br /> c'est comme dans le cochon....tout est bon ;)<br /> une grosse bise<br /> <br /> <br />
Répondre
J
<br /> En ce 14 juillet j'ai eu mon propre feu d'artifice : l'Eunuque est de retour ! Alleluïa ... et je ne le savais pas nom de dieu. Faisant escale 2/3 jours chez moi, je baguenaude sur les blogs sans y<br /> croire quand, soudain,en cliquant par automatisme sur mes favoris je découvre le nouveau cru de Berth. Je viens de terminer de lire tout mon retard.<br /> Dis donc mon salaud, t'aurais pu me dire que tu retraçais la route !!<br /> Bon, ben maintenant je saurai quoi lire en rentrant de mes déplacements... et en plus y a le Chacal que j'adore...<br /> A plus mec.<br /> <br /> <br />
Répondre