Quelques retrouvailles…

Publié le par L'Eunuque

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— Natacha ! clama Moussa avec un réel plaisir.

— Tiens, mais c’est notre ami Moussa, dit-elle sans masquer un dédain certain. Pas de nouvelle de ton marabout ?

— Mais c’est vrai ça, se rappela Le Chacal, vous ne deviez pas vous marier et avoir des kilomètres de gamins.

— Mêles-toi de ton cul, fulmina la jeune femme sans quitter du regard le ténébreux Touareg.

— Mais ma pauvre, continua Le Chacal malgré la recommandation, ces gens n’aiment que leurs chameaux.

C’est Moussa, visiblement peu gêné, qui changea de conversation.

— Mais, qui vois-je ? C’est notre ami Youssef Al Moustafa Lassano.

— En ce moment, c’est Narlougue, compléta Le Chacal.

— Youssef « Le Sanguinaire », il paraît que tu prétends vouloir te nommer ainsi ? Je connais quelques personnes qui aimeraient te faire appeler « Le Sanguinolent » et pour ce faire t’écorché vif en plein soleil.

— Si tu veux, on te le donne proposa Natacha, mais faut le sortir régulièrement pour qu’il fasse son popo.

Moussa durci son regard.

— Sincèrement, j’hésite, mais je n’ai pas le temps de m’amuser et je ne vais pas occuper un chameau pour transporter cette merde.

Youssef l’interpella :

— Moussa, on se connaît, toi et moi on ne fait que du commerce, après tout.

— Toi tu fais dans le kidnapping et le meurtre. Tu te fais passer pour des gens de l’Aqmi. Toi, et ceux dont tu te reconnais, vous foutez un bordel sans nom dans tout le secteur. Vous avez les yeux plus gros que le ventre et vous égorgez ce que vous ne pouvez pas manger. Tu n’as aucun courage, Youssef, tu coupes la tête des gens qui ont les pieds et les mains liés. En combat singulier, tu serais déjà mort. Les Islamistes ne t’aiment pas trop et je suis sûr qu’ils paieraient un petit prix pour te savoir entre leurs mains. Car tu leurs fais du tort à eux aussi. Tu as de la chance, je les aime encore moins que toi.

Moussa lui tourna le dos ce que Youssef prit comme une insulte suprême.

— Fais-moi bien la morale, Moussa. Joues les héros populaires, mais toi et moi, et bien d’autres qui se voilent la face et t’appellent « mon ami », savent qu’ils y a quelques villages Toubous dans le Kawar qui ne t’ont pas dans leurs cœurs. Y a plein d’enfants qui ont arrêtés de grandir après ton passage pendant la première révolte.

Moussa devint blanc. Il se retourna, d’un coup d’un seul, et avança d’un pas précipité vers Youssef qui riait. Berth le rattrapa du mauvais bras car rattaché à la mauvaise épaule, ce qui le fit grimacer de douleur et de colère.

— C’est bon, on se calme Moussa.

Puis à Natacha :

— Bâillonne-le, fout-le dans un coin qu’il se chie dessus, après tout, on s’en fous.

Mais Moussa continua une marche plus calme, vers Youssef dont on avait entravé la parole. Berth le laissa faire car il savait que la colère était passée.

— Oui, il y a eut des morts. Beaucoup. Et les morts, lorsqu’on a un tant soit peu d’humanité dans son cœur, on les regrette toute sa vie. On a beau dire, se répéter, qu’il s’agit d’erreurs, qu’il n’y a jamais eut l’intention de tuer, mais les armes que nous portons nous rappellent qu’elles ne sont pas là que pour nous défendre. Alors, oui, je n’ai pas le sang de tous ces gens sur les mains, mais le groupe, avec qui j’étais, a commis ses massacres et parce que je n’ai pas pu les arrêter à temps, je suis aussi coupable qu’eux. Mais toi, Youssef Al Moustafa Lassano, ce que tu fais est difficilement justifiable. Il m’arrive de vouloir trouver des explications. Je n’en ai qu’une pour toi : tu es né comme des erreurs naissent parfois. Je connais tes parents, ta famille, ce sont tous des braves gens. Tu aurais du mourir à la naissance, mais la nature en laisse échapper parfois. Ceux, qui comme toi, ne meurent pas deviennent des inhumains. Grace à Dieu, ils finissent tous par une mort violente. Violente, mais tragique pour personne.

Natacha avait écouté ce chef Touareg avec attention, ce qui ne put empêcher Le Chacal de lui glisser :

— Ça y est, il t’a encore mouillé les ovaires celui-là.

— Ta gueule Chacal.

— Tu as autant de féminité et de délicatesse qu’un de leurs chameaux, tu as peut-être tes chances, tout compte fait.

Contre toute attente, cela la fit presque rire…

 

…ce sourire s’effaça lorsque, contre toute attente le haillon arrière de l’Antonov s’actionna et commença à s’ouvrir. Alors que tout le monde regardait vers l’arrière, Berth, quant à lui vit l’inspecteur Mikhaïl tenant Bachir en otage d’une arme, qui faisait mine d’être désolé mais qu’il n’avait rien pu faire.

— Dans le calme, vous allez laisser entrer mes camarades afin qu’on vous explique la suite des événements ou si vous voulez, la nouvelle situation.

— Mais qu’est-ce que…? commença Natacha.

Moussa fit une mine désolée.

— Je t’avais dit que ces Russes là ne valaient rien.

Le haillon continuait à descendre et arrivé à mi hauteur d’hommes les « camarades » de Mikhaïl, au nombre de quatre, pénétrèrent dans l’Antonov. Le désigné chef se fit connaître en dernier. Les Touareg parlaient doucement entre eux, mais un autre geste discret de Moussa interdit toute entreprise d’une riposte, sans se faire tous massacrer.

Le chef russe avança d’un pas et d’une tenue qui laissait sous entendre qu’il n’était pas peu fier de cette prise en main de la situation. Il n’était pas armé. Il regarda autour de lui et se décida à parler en Français.

— Bien. Avant de vous donnez une explication précise de comment je vois la chose, je vais demander au chef des bougnoules de bien vouloir commander à son troupeau de se mettre plus sur le côté ci, le gauche, et de s’assoir, de se taire car si j’en entends un seul, je fais tirer un rafale dans le tas, sans chercher à savoir qui avait ouvert sa grande gueule. Si vous pouviez, monsieur Moussa, vous occupez d’une traduction rapide, car il me tarde de partir d’ici et nous avons quelques préparatifs avant de décoller aux premières heures du jour.

Moussa parla à ses gens et dans un calme parfait, les hommes enturbannés allèrent s’installer à l’endroit indiqué.

Natacha, visiblement tendue, tenta un pas de côté qui la fit se faire remarquer. Le chef russe en fut presque satisfait.

— Vous aviez quelque chose à faire, ou à dire, belle demoiselle ?

— Mise à part : va te faire enculer, je ne vois pas.

« Mauvais idée, Natacha, pensa Berth ». Et comme pour illustrer ce propos, un des hommes de main la frappa au ventre. Elle tomba en avant en se tenant les cotes. L’homme voulu terminer le travail en lui fracassant la tête d’un coup de crosse de son arme, alors Berth intervint.

— Stop, c’est bon. Vous n’êtes pas obligez de faire ça.

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