La rage puis la peur

Publié le par L'Eunuque

Le courage n’avait rien à voir avec ce qui venait de se passer. On peut parler de rage, de furie même. Les yeux de Berth étaient presque devenus exsangues, ils n’exprimaient plus rien d’humain, ni d’animal non plus. Il avait le souffle court. Sur les cinq jeunes, trois étaient à terre, dont deux sonnés qui avaient du mal, à cause des coups reçus, à retrouver leur lucidité. Les deux autres se regardaient ébahis de ce qu’ils venaient de voir. Avaient-ils vraiment vu quoi que se soit ? Une chose était certaine, ils ne tenteraient pas de continuer le combat.

— Ok, ok, dit celui qui lui avait vidé le sac, on s’est trompé, d’accord. Tu vois, je remets tout dans ton sac et comme ça tout va bien. Laisses-nous aider les copains et on s’en va.

Ils soulevèrent les deux autres KO, les soutenant par les épaules et ils s’en allèrent.

Berth essayait de calmer l’emballement de son cœur. Le sang battait dans ses tempes. Il avait la désagréable impression que les veines allaient exploser. Il se retourna brusquement et se mis à vomir de la bile, car il n’y avait rien d’autre dans son estomac. La tête lui tournait. Si ses agresseurs revenaient à l’instant, il n’aurait pas la force de les combattre. Il s’écroula sur le banc plus qu’il ne s’assit et il s’allongea. Il retrouvait enfin un peu de calme.

Maintenant il avait peur. Pas de ses agresseurs, car pour le coup on pourrait plus les considérer comme des victimes aux vues du résultat. Il avait peur de cette chose qui l’avait dominé au point de ne plus vraiment se rappeler comment il avait envoyer ces trois jeunes gens à terre. Il avait tellement contracté ses muscles avec colère qu’ils lui faisaient mal maintenant. Jusqu’à aujourd’hui, il n’avait jamais eu à se défendre de la moindre agression. Sa taille et son envergure avait du en décourager plus d’un. Il ne savait donc pas qu’il avait "tout ça" en lui. Cette bestialité.

Les analyses à chaud ne sont jamais de bon augure. Il pensa aussitôt à son héritage génétique. A ce grand-père et père ignoble. A cette consanguinité qui se traduisait sans doute par la violence et la rage dont il avait fait appel pour se défendre. Car de qui tenait-il cela ? On ne lui avait pas appris et il ne l’avait jamais envisagé. Il savait qu’il aurait pu les tuer, sans s’en rendre compte, sans rien contrôler. La raison de sa peur se trouvait là.

Le calme retrouvé, son corps lui octroya du repos, il s’endormit.

Des grosses gouttes d’eau frappaient son visage. La pluie s’annonçait avec fracas. Le tonnerre déchirait le ciel et résonnait à chaque explosion.

Berth ramassa ses affaires et alla s’abriter sous un petit kiosque. Juste à temps d’ailleurs car une pluie battante, verticale et lourde rinçait la ville. Le toit, en mauvais état, laissait perler quelques gouttes. Berth trouva un coin au sec, s’assit et ferma à nouveau les yeux.

Il resta là des heures à écouter la pluie.

Il entendit les coups de cloches d’une église qu’il ne voyait pas et annoncer qu’il était 8h00. La pluie avait cessé, mais elle menaçait encore au loin. Il retourna dans le bar. Le Raymond discutait au bout du comptoir avec quelqu’un qui était de dos. Il fit signe à l’adolescent de s’approcher.

— Tiens, c’est lui le jeune que je te disais.

L’homme se retourna et regarda Berth dans les yeux sans pour autant le dévisager.

— Comment que tu t’appelles dit le routier ?

— Berth, monsieur.

— Berth comment ?

— Berth seulement.

— C’est pas commun que de pas avoir un nom de famille.

— Mon prénom n’est pas commun non plus, je n’ai peut-être pas besoin d’un nom de famille et je n'ai pas de famille d'ailleurs.

— Ouais, si tu veux. Alors tu veux aller en Allemagne ?

— Oui, monsieur.

— Arrête de dire monsieur, je m’appelle Louis. Je veux juste savoir si t’es pas du genre que la police recherche ou quelque chose comme ça.

— Personne ne me recherche car personne n’a vraiment envie de me retrouver.

— T’es pas majeur, c’est ça ?

— Oui.

Il se gratta la barbe de quelques jours qu’il avait, puis il fit un signe de tête qui semblait dire d’accord.

— On part dans une heure. On va manger maintenant.

— Je n’ai pas trop d’argent et…

— Qui te parle d’argent ? Je peux encore payer un repas à un équipier.

Puis se tournant vers Raymond.

— Tu manges avec nous ?

— D’accord, dit l’autre.

— Par contre toi, tu payes ta part.

— Je me disais aussi.

 

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Commenter cet article
P
<br /> C'est toujours difficile quand arrive en soi quelque chose qui vous domine et vous change.<br /> Ici la rage.<br /> Mais il y a d'autres possibilités.<br /> Et à part ça, je savais bien que les routiers étaient sympas. :)<br /> <br /> <br />
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L
<br /> <br /> On apprend à réagir autrement, au fil du temps.<br /> <br /> <br /> <br />
N
<br /> Et c'est parti :)<br /> <br /> <br />
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L
<br /> <br /> C'était la première fois, il y en aura d'autres, c'est certain, mais toutes les premières fois sont mémorables.<br /> <br /> <br /> <br />
D
<br /> Toujours cette barbe qui fera à coup sûr craquer acid ! Ah, il en faut peu :D<br /> <br /> <br />
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L
<br /> <br /> Est-ce un imberbe un peu jaloux qui parle ?<br /> <br /> <br /> <br />
T
<br /> ça ressemble pas à ma vie mais quelqeu part j'aurais préférer que ma vie ressemble à ça...<br /> <br /> <br />
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L
<br /> <br /> Ma chère toxi, je vous cale au chaud dans une des poches de Berth, il vous emporte avec lui.<br /> <br /> <br /> <br />
B
<br /> Une bonne rencontre pour Berth apparemment...peuvent être cools ces routiers, y'a pas à dire!<br /> <br /> <br />
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L
<br /> <br /> J'ai toujours eu beaucoup de respect pour ces nomades, car lorsqu'ils vous prenaient en stop, ils vous invitaient dans leur demeure mobile.<br /> <br /> <br /> <br />