Le zombie

Publié le par L'Eunuque

L’ambiance était bizarre au château. La nouvelle sur cette « épidémie » avait vite circulé, trop vite sans doute et avec un manque d’information objectif qui, non content d’avoir rendu les parents des enfants hystériques, inquiétait la population de Fondettes qui était persuadée que cette maladie, telle la peste noire pouvait atteindre le village. D’aucuns, bien malins, affirmaient que le vent pouvait véhiculer les microbes jusque dans le bourg. Pour revenir aux parents, ceux qui le pouvaient, étaient venus faire le pied de grue devant la grille de la colonie en espérant apercevoir leurs gamins. Il y avait un défilé de « coucou maman » qui filait le bourdon aux enfants. La moindre alerte d’enfant malade générait la panique.

— Vous croyez qu’ils vont nous garder vraiment 40 jours, demanda Patrick à qui voulait bien lui répondre ?

— Cela va nous faire rater la rentrée, s’inquiétait Batiste.

— Bah justement. Moi je rentre en apprentissage et je dois dire que ça me fait carrément chier. Mon vieux veut m’apprendre la vie à l’ancienne. Il veut que je commence au plus bas de l’échelle de son usine avant que je le remplace comme directeur.

— Mon Dieu, que d’angoisses. Ton avenir est terrible, se moqua Gérard.

Berth restait dans son coin et ne participait plus aux conversations.

— Berth, interpella Gérard, on ne fait pas trop de bruits avec nos conversations, ça ne t’emmerde pas j’espère ? Je m’en voudrais, tu comprends ?

— Arrête de le faire chier, intervint aussitôt Batiste.

— Non, il a raison, le coupa Berth. Je suis un peu dubitatif quant à ce qui pourrait se passer après cette épidémie.

— Le vieux t’a dit qu’il ne t’abandonnera pas.

— J’ai réfléchi à cette histoire de « dénonciation » auprès des services de l’assistance publique. Ils ont un coup d’avance et rien ne m’assure qu’Orfeuille soit en droit de me récupérer. Puis, je ne peux pas rester…

— Moi, je pense que c’est cette pute de Jean-Glaude qui a fait le malin, cracha Marc.

ça n’a plus d’importance, souffla Berth.

— Et Marie, demanda Batiste ?

— Quoi Marie ?

ça va, fait pas celui qui ne remarque rien, qui ne ressent rien.

Berth réfléchit quelques secondes avant de répondre.

— Marie… c’est un rêve, dont on ne se souvient plus le matin. Je garderai un sentiment agréable, mais rien d’autre.

— J’en ai dit des trucs cons dans ma carrière de grande gueule, mais là je dois reconnaître qu’il y a un maître en face de moi, applaudit Gérard. Marie serait peut-être une occasion pour toi de te rapprocher de la race humaine. Faire le zombie ça donne un genre, mais une vie entière c’est du masochisme. Je suis peut-être le plus mal placé pour donner des conseils en matière de sensualité, eut égard à mon statut d’obsédé sexuel, mais je crois que ça te ferait du bien que d’aller frotter ta couenne de voyou bourru et insensible à celle d’une jeune fille fraiche qui sent la rosée, le musc, la femme quoi ! Touche, regarde, sens. Ecoute son désir, respire son souffle chaud et fous ta tête entre ses cuisses, ça te rappellera d’où tu viens.

Batiste faisait la moue.

— C’est carrément dégueu ce que tu dis là.

— Putain, moi ça me fait bander, rugit Marc. Va falloir que j’aille me palucher sous la douche avec tes conneries.

Gérard secoua sa tête de dépit.

— Mais, toi, Berth, ça ne te fait rien ?

Que pouvait-il répondre ? Il cherchait au fond de lui ces fameux sentiments humains dont lui parlait Gérard. à quel endroit se situaient-ils ? Qu’est-ce qui ne lui donnait accès à tout ça ? Berth préféra quitter la pièce.

Une fois dehors il regarda en direction de l’infirmerie. Cela faisait deux jours qu’il n’avait pas aperçu la jeune infirmière, baladé qu’il était entre la peur de devoir échanger ou exprimer des sentiments et l’envie, cette incompréhensible envie d’être près d’elle.

Batiste vint le rejoindre.

— J’ai l’argent que tu m’as demandé.

— Merci.

— Et… je voulais te demander… je voudrais partir avec toi ?

— Batiste ce n’est pas un simple voyage et…

— Je le sais, je le sais… je ne fais pas de chantage avec l’argent, c’est juste que… moi aussi, j’ai besoin de partir.

Berth regardait son ami pleurer.

— Je ne veux pas t’embarquer dans une aventure que je ne maitrise pas.

— C’est le principe d’une l’aventure.

— Je ne rêve pas d’aventure. Je n’espère rien, juste partir loin.

— D’accord, je comprends, ce n’est pas grave.

Il lui remit l’enveloppe avec les billets de cents francs à l’intérieur et le laissa là au milieu de cette cour.

 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
<br /> Pas facile de vivre dans la tête de Berth. Dans le corps non plus sans doute. Ca fait un peu mal tout ça, tout le mal que peuvent faire des malentendus et des incompréhensions. Des manques de mots.<br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> Il n'a que 16 ans, il lui reste toute la vie pour se découvrir.<br /> <br /> <br /> <br />
N
<br /> Merci beaucoup...:)<br /> (et faut surtout pas être désolé...)<br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> Ok d'ac !<br /> <br /> <br /> <br />
N
<br /> Pas que positives nan...<br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> J'en suis désolé. Puisque je suis à l'origine de ce réveil de mauvais souvenirs, recevez toute ma tendresse, virtuelle certes mais pas moins sincère.<br /> <br /> <br /> <br />
N
<br /> Ca m'a fait remonté pleins de choses dans ma p'tite tête vide tout ça...<br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> Des choses positives j'espère ?<br /> <br /> <br /> <br />
B
<br /> Me voici de retour,et voilà que j'avais une page entière à lire!wouaou!...mais j'entends de nouveau parler d'une "fin"...Cette parenthèse de vie se refermerait donc bientôt, pour revenir au présent<br /> ?...Berth serait en train de reprendre connaissance?...@ tout de suite alors ;)<br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> C'est vous qui déciderez. Vous verrez ça avec le post de mercredi.<br /> <br /> <br /> <br />