Berth lui dégagea la masse de cheveux du visage ainsi que le voile noir en lambeau qui était sensé la protéger de la lumière. La respiration était lente, les lèvres gercées, le visage brûlé par le soleil. Natacha se rhabilla en vitesse et avec l’eau qui lui restait du bidon, elle lui rafraichit le visage. Cela fut bénéfique car, la gamine commença à se réveiller. Mais les deux visages penchés sur elle lui firent peur, elle se retourna en essayant de ramper. Natacha vit alors les pieds ensanglantés et infectés. Elle lui parla en Tamashek en espérant que la fillette comprenne cette langue. C’était le cas. Natacha la prit dans ces bras pour la soulever du sol et avec Berth ils rejoignirent le groupe.
— C’est une Touareg, affirma Natacha, une Kel Owey, aux vues de sa coiffure et des grigris qu’elle a autour du cou.
— C’est surtout une gamine perdue au milieu de nul part, compléta Bachir.
— Ça doit être une bergère, continua la jeune femme. Je vais d’abord la soigner. Cela va prendre un peu de temps.
Natacha regardait Berth d’un air presque suppliant, car sa requête impliquait que le groupe prenne un peu de retard.
— Moi je dis que ce n’est pas une bonne idée, insista Le Chacal. On a cas la prendre avec nous et la soigner plus tard.
— Plus tard, c’est au moins dans trois jours, se plaignit l’infirmière.
Berth soupira, mais prit la décision.
— Prends le temps qu’il faut pour la gamine. Mais avant, tu vas m’aider à m’habiller et à me faire un cheich. Je ne peux pas encore le faire seul.
— Qu’est-ce que tu veux faire ?
— Je vais aller plus en avant pour observer. Si je suis repéré, je veux passer pour un simple voyageur isolé. Ça n’intéresse personne. Je prends un des téléphones cellulaires Talkie. Restez en permanence en contact. Je dois pouvoir toujours vous joindre…
— Es-tu obligé de faire ça et seul ?
— Nous n’avons, pour aujourd’hui, que quelques heures de voyage possibles. Ce qui veut dire que nous passerons la nuit ici. Il faut quelqu’un en poste avancé pour voir venir nos éventuels agresseurs. Nous nous arrêtons et rester immobile n’est pas une bonne idée, comme l’a dit Le Chacal.
— Mais, tu comprends qu’on ne peut pas laisser cette enfant comme ça ?
— Natacha, tu as insisté pour que le groupe reste et j’ai pris la décision. Je me sens responsable que de cette décision. Ne me demande pas, en plus, d’apaiser ta conscience. Je n’ai pas à te confirmer si tu nous obliges à un bon ou à un mauvais choix. Alors assume ta requête.
Le ton de L’Eunuque était ferme. Il alla fouiller dans une des malles à l’intérieur du camion et en ressorti un costume complet de Touareg. Il lança le tout à Natacha qui l’aida à l’enfiler comme il le lui avait ordonné, plus que demander.
Blue Star se pointa devant lui avec l’arme qu’il avait dérobée aux Russes.
— Bon tireur, moi tu sais.
— Je l’ai constaté ce matin.
Il lui montra un emplacement sur un monticule de pierre qui surplombait ce grand espace plat. La planque se situait à une centaine de mètres de l’endroit où ils étaient.
— Me mettre là, aussi, en retrait. Si sales gueules arrivés, ici mieux voir et faire carton.
— Ok, mais prends aussi un téléphone Talkie. Le Chacal va t’expliquer les fréquences à utiliser.
Berth ramassa un bâton pour s’aider dans sa marche. Il avait un détecteur de métaux pour les mines et il vérifia le bon fonctionnement du GPS.
Le Chacal l’arrêta un instant.
— Ne te fie pas uniquement à ce truc. On n’est pas sûr à 100% des infos qu’on a collées là-dedans. Est-ce qu’ils savent seulement où ils ont posé toutes leurs merdes de mines ?
— Toi pas prendre arme, s’étonna Blue Star ?
Berth ne répondit pas et se mit à marcher.
— Il n’en prend jamais, expliqua Le Chacal. Il n’est pas que téméraire ou fou, il a aussi des principes à la con.
***
L’Eunuque s’était installé lui aussi sur un endroit légèrement surélevé. Il était à l’ombre mais la chaleur était là et lui en plein milieu. Mais les aérations de son vêtement lui permettaient de ressentir un peu de fraîcheur, lorsque le vent s’engouffrait à l’intérieur qui, au contact de sa sueur, le faisait même frissonner. Il baignait dans son jus. Il buvait par petites gorgées car il n’avait pas besoin de plus. Bientôt, le soleil qui se trouvait sur sa gauche, plongerait sur l’horizon. Et alors, il devra subir un autre paradoxe de se pays : la température glaciale de la nuit.
Il n’avait rien relevé depuis son poste d’observation. L’avantage avec le vent, c’est qu’il vous signale le moindre déplacement de groupe. Parfois deux courants contraires fabriquaient une tornade qui s’élevait assez haut, mais se désagrégeait rapidement. Les sons aussi portent loin, mais aucun d’entre eux ne semble suspect. Seule la nature s’exprime en toute liberté. Les oiseaux s’appellent, les mouches vous agacent. Il y a même un serpent, une vipère, qui, sécurisée par immobilisme de Berth, est passée à moins de 3 mètres de lui. Un rapaces s’est posé moins de question, en piquant sur elle et en l’emportant dans les airs en criant sa victoire du jour.
Le Talkie grésilla avant que la voix de Blue Star se fasse entendre.
— Dis, Berth, toi dormir ou pas.
— Ou pas, répondit l’intéressé.
— Good. Moi me faire chier, alors moi tourner bouton et capter sur canal 7-8-7-2 chose, parler assez étrange. Si talkie puissant, ça venir de loin mais, bien entendre alors ça venir de pas loin.
— D’accord, je me branche, mais toi reste sur le bon canal, d’accord.
— Da, da, soupira l’Ukrainien.
L’Eunuque régla l’appareil et de suite entendit des voix. Celles ci ne communiquaient avec personne. Le Talkie était tout simplement resté branché en mode parlé. C’était du chinois, mais parfois des phrases en Français avec un accent exagérément asiatique. Rien de très clair car le vent soufflant dans les micros rendait difficile la compréhension. Le moteur d’une machine se mit en marche. Le son réel vint jusqu’à L’Eunuque en décalage avec celui du talkie. Il remit le récepteur sur la fréquence de son groupe. A moins d’un kilomètre, des fumées noires d’un échappement s’élevaient dans le ciel, sans aucune discrétion.
— Soit ils sont inconscients, soit ils sont protégés, pensa le Français.
Les Jumelles ne lui apportaient pas plus d’information. Le bruit des machines, se situait au delà de la piste de Timia et dans un contrebas. Pour voir mieux, il faut se montrer, à moins d’attendre la nuit. Auquel cas, cela devient dangereux à cause des mines. Cependant, si le groupe devait reprendre la route demain, il fallait savoir ce qui se tramait derrière car même en contournant ils seraient visibles et accessibles.
Il appela Blue Star :
— J’ai repéré d’où cela vient. C’est à peu près à deux kilomètres d’où tu es vers l’Est. Je vais aller voir.
— Ça, pas bonne idée.
— Toi, tu restes en planque.
— Ça, bonne idée !
Derniers vers pour la route